Ce soir, BézéMina se préparait pour sortir.

 

S., ambassadrice provisoire du désordre, était venue à la maison. Elles étaient en haut, dans la salle de bain, à se maquiller, choisir leurs tenues, rire comme deux gamines avant une expédition diplomatique en territoire nocturne.

 

Moi, pendant ce temps, je préparais une raclette en bas.

 

Car en Absurdie, les grands basculements commencent rarement par des trompettes. Ils commencent par du fromage fondu, des patates, de la charcuterie, et une maison qui sent bon le crime laitier.

 

Jul, dans un coin de mon crâne, fumait sa fumée noire.

 

— Empereur, disait-il, il y a des peuples qui préparent la guerre. Toi, tu prépares une raclette avant un incident diplomatique à caractère buccal.

 

— Chacun son génie militaire, Jul.

 

On a mangé tous les trois ensemble. L’ambiance était légère, presque familiale, si l’on accepte qu’une famille puisse finir partiellement nue dans une chambre vingt minutes plus tard.

 

Après le repas, la soirée pouvait vraiment commencer.

 

Nous sommes montés dans la chambre. Alex Ier s’est allongé nu sur le lit, tranquille, souverain, presque comme un pacha constitutionnel. BézéMina s’est dévêtue à son tour, déjà dans son rôle, déjà dans son envie, impériale sans avoir besoin de couronne.

 

Elle connaît mon corps par cœur. Elle sait exactement comment faire monter l’Empire. Elle a commencé doucement, avec cette science très personnelle qu’elle possède : les gestes justes, le regard précis, la lenteur qui commande mieux qu’un décret. Elle voulait que le sceptre soit prêt avant d’ouvrir officiellement la séance.

 

Pendant qu’elle s’occupait de moi, je la caressais, je la cherchais, je la faisais réagir. BézéMina aime quand la scène devient double, quand le plaisir ne fait plus la queue devant un guichet, mais circule librement d’un corps à l’autre.

 

S. s’est rapprochée. Plus discrète, mais bien là. Elle a trouvé sa place dans le désordre, sans forcer, sans jouer plus grand qu’elle. Elle accompagnait la scène comme une témoin curieuse, un peu participante, un peu spectatrice, avec ce mélange d’audace et de prudence qui rend les choses plus vraies.

 

C’était chaud. C’était bon. C’était simple.

 

Jul toussa dans son nuage.

 

— Je note : “simplicité administrative du stupre domestique”.

 

— Note surtout que personne ne t’a demandé de faire un procès-verbal.

 

Puis j’ai invité BézéMina à venir au-dessus de moi.

 

Et là, tout a basculé.

 

Ce qui devait être une mise en bouche rapide est devenu une vraie petite cérémonie. BézéMina et Alex Ier se sont retrouvés dans leur bulle, dans leur rythme, dans ce territoire très à eux où la tendresse et le désordre ne demandent plus l’autorisation de cohabiter. Il y avait quelque chose de sale, oui. Mais pas sale comme une honte. Sale comme une vérité privée. Sale comme une langue commune que seuls deux corps comprennent vraiment quand ils ont cessé de faire semblant.

 

S. s’est peu à peu retrouvée en retrait. Pas rejetée. Pas oubliée. Simplement happée par ce qui se passait devant elle. Elle a fini par regarder. Juste regarder.

 

Et parfois, regarder suffit pour participer.

 

La chambre était devenue chaude, vivante, presque irréelle. BézéMina ne jouait pas. Elle était là. Présente, gourmande, confiante. Elle avait cette manière d’accepter l’intensité sans la transformer en théâtre, cette façon de dire oui avec tout son corps sans avoir besoin d’en faire une scène de démonstration.

 

À un moment, un geste a scellé le pacte. Pas un geste propre. Pas un geste élégant. Un geste à nous. Un geste d’Absurdie intime. Le genre de détail que les gens bien élevés condamneraient en public avant d’y repenser seuls, dans le noir, avec beaucoup moins de noblesse.

 

Jul releva un sourcil.

 

— L’Empire vient encore de perdre trois points de respectabilité.

 

— Parfait. On commençait à s’inquiéter.

 

La scène a duré plus longtemps que prévu. Pas longtemps comme une performance. Longtemps comme une parenthèse qui refuse de se refermer. Je me suis concentré pour finir là, dans ce désordre précis, avec ma muse contre moi, S. silencieuse à côté, témoin d’une chose qui n’était pas vraiment faite pour elle mais qu’elle avait été autorisée à voir.

 

Quand tout s’est terminé, il y a eu ce petit flottement après les vraies scènes. Pas le vide. Pas la gêne. Juste ce moment où les corps reviennent au monde normal avec un léger retard administratif.

 

S. m’a regardé avec un sourire surpris.

 

— C’était comme un porno, mais en vrai.

 

Jul redressa la tête.

 

— Enfin une critique constructive.

 

Je lui ai demandé si ça lui avait plu.

 

— Oui… mais j’aurais bien aimé que tu la baises devant moi.

 

J’ai souri.

 

— Ouais… mais on n’avait pas trop le temps.

 

En Absurdie, même les orgies doivent parfois respecter l’horloge.

 

Elles étaient déjà un peu à la bourre. Elles sont restées en haut pour peaufiner leurs tenues, reprendre leurs coiffures, vérifier le maquillage et remettre un peu d’ordre dans ce que la scène avait déplacé.

 

Moi, je suis redescendu tranquillement dans le salon.

 

Il était bientôt 23 h.

 

Elles allaient partir vivre leur nuit : boire un verre, peut-être danser, peut-être croiser un amant, peut-être rien du tout. Rien n’était écrit. Même les décrets du désir restent parfois au brouillon.

 

Et Alex Ier est resté dans son canapé, devant une bonne série, le corps encore sensible, le goût de BézéMina encore quelque part dans la mémoire, le sourire tranquille de ceux qui n’ont pas besoin de publier la preuve pour savoir que la scène a existé.

 

Pas de photo.

Pas de vidéo.

Juste une vraie petite cérémonie offerte avant leur sortie.

 

Merci les filles 🥰

 

— Alex Ier, Empereur nu d’Absurdie

Sous le regard noir de Jul, greffier des plaisirs non homologués.